Immobilier

La loi Lagleize en 2025 n’est pas en vigueur, mais elle éclaire le débat sur le foncier et le bâti

Éléonore Valmorin-Serres 10 min de lecture
La loi lagleize 2025 : documents foncier-bâti en agence immobilière

La confusion est fréquente : beaucoup de contenus présentent la loi Lagleize comme une réforme déjà applicable, parfois même comme une menace pour les propriétaires. En réalité, il faut distinguer trois choses : une proposition de loi portée par Jean-Luc Lagleize, un mécanisme juridique de dissociation entre terrain et logement, et des dispositifs déjà existants comme le bail réel solidaire. Pour un acheteur, l’enjeu est simple : comprendre si l’on peut devenir propriétaire des murs sans posséder le sol, et dans quelles conditions.

Ce que prévoit réellement la proposition Lagleize

La proposition dite « loi Lagleize » vient du nom de Jean-Luc Lagleize, député ayant travaillé sur le coût du foncier dans l’accès au logement. Son idée centrale est de réduire le prix d’achat d’un logement en séparant la propriété du bâti, c’est-à-dire la maison ou l’appartement, de la propriété du terrain sur lequel il repose.

Comprendre la loi Lagleize en 2025

Séparer le terrain des murs pour alléger le prix d’achat

Dans une propriété classique, l’acquéreur achète à la fois le logement et le terrain. Or, dans les zones tendues, le foncier peut représenter une part très importante du prix final. La proposition Lagleize cherche donc à agir sur cette composante : l’acheteur paierait le bâti, tandis que le terrain resterait détenu par un organisme foncier, une collectivité ou une structure dédiée. En échange, l’occupant verserait une redevance foncière pour utiliser le sol.

L’objectif annoncé est de rendre l’accession à la propriété plus abordable, notamment dans les grandes agglomérations où le prix du terrain bloque de nombreux ménages. Des contenus évoquent une baisse potentielle de 30 à 50 % du coût d’acquisition, ou jusqu’à 50 % dans les scénarios les plus favorables, car l’acheteur ne financerait plus l’intégralité du foncier dès le départ.

Un raisonnement surtout pensé pour les zones tendues

Le mécanisme prend tout son sens là où le terrain est rare, cher et fortement disputé : centres urbains, communes bien desservies, périphéries attractives, secteurs proches des transports. Dans ces territoires, le prix du sol augmente plus vite que la capacité d’achat des ménages. La dissociation du foncier et du bâti est donc présentée comme un outil de régulation, pas comme une réforme destinée à bouleverser toute la propriété immobilière française.

C’est aussi un sujet d’urbanisme. Utiliser du foncier public, densifier des zones déjà équipées, articuler les projets avec le PLU, le SCOT ou les objectifs de zéro artificialisation nette peut permettre de produire des logements sans étaler davantage la ville. La proposition Lagleize se situe ainsi à la frontière entre politique du logement, maîtrise du foncier et aménagement du territoire.

Statut en 2025 : proposition, pas loi pleinement applicable

Le point le plus important est celui-ci : en 2025, la proposition Lagleize n’est pas une loi pleinement entrée en vigueur qui s’imposerait aux propriétaires. Elle a bien connu une étape parlementaire significative, mais cela ne suffit pas à la rendre applicable dans la vie quotidienne des particuliers.

Proposition de loi sur la dissociation du foncier et du bâti — Découvrez les détails de cette proposition de loi visant à réformer le droit de propriété et la fiscalité liée à la construction.

Une adoption en première lecture ne suffit pas

Le texte a été adopté en première lecture à l’Assemblée nationale le 28 novembre 2019. Cette étape a souvent été mal comprise : une adoption en première lecture ne signifie pas adoption définitive. Pour qu’un texte devienne applicable, il doit suivre tout le parcours parlementaire nécessaire, être définitivement adopté, promulgué, puis, lorsque c’est nécessaire, faire l’objet de textes réglementaires permettant son application concrète.

Le sujet a continué à être évoqué après 2019, notamment le 4 mars 2020, mais l’absence d’adoption définitive et de décret d’application empêche de parler d’une réforme généralisée en vigueur. C’est cette nuance qui manque dans de nombreuses publications anxiogènes : le débat existe, le mécanisme est connu, mais il ne modifie pas automatiquement les droits des propriétaires actuels.

Pourquoi la confusion revient régulièrement

La loi Lagleize revient régulièrement dans les discussions parce qu’elle touche à un sujet sensible : la propriété du sol. En France, l’idée de posséder « sa maison et son terrain » est très ancrée. Dès qu’un texte parle de dissocier le terrain du bâti, certains y voient une dépossession, voire une expropriation déguisée. Cette lecture est excessive au regard du mécanisme présenté.

La confusion est aussi alimentée par les réseaux sociaux. Une vidéo virale circulant en 2022 a contribué à faire croire qu’une réforme imminente allait retirer le terrain aux propriétaires. Des vérifications journalistiques, notamment de l’AFP, ont rappelé que cette interprétation ne correspondait pas au statut réel du texte. Le contenu a été partagé massivement, avec des ordres de grandeur comme 13.000 partages ou 3.700 reprises selon les plateformes évoquées, ce qui explique la persistance de l’infox.

Comment fonctionnerait la propriété du bâti sans propriété du sol

Le principe peut sembler abstrait, mais il est assez simple : l’acquéreur possède le logement, tandis qu’un autre acteur conserve le terrain. Cette organisation repose sur un contrat de longue durée donnant le droit d’occuper et d’utiliser le sol.

Un bail long, parfois évoqué jusqu’à 99 ans

Dans les modèles de dissociation foncier-bâti, la durée longue est essentielle. On évoque souvent une durée maximale de 99 ans, car elle donne de la visibilité à l’acquéreur, à sa banque et à ses héritiers. Sans stabilité dans le temps, le logement deviendrait difficile à financer, à transmettre ou à revendre.

Concrètement, l’acheteur ne paierait pas le terrain au prix fort au moment de l’acquisition. Il réglerait le logement et verserait ensuite une redevance pour l’usage du sol. Cette redevance doit être suffisamment encadrée pour que l’opération reste avantageuse. Si le loyer foncier est trop élevé, l’économie réalisée à l’achat peut être en partie annulée dans la durée.

Le rôle clé des organismes fonciers

Pour que le mécanisme fonctionne, il faut un propriétaire du foncier capable de gérer le terrain sur le long terme. C’est là qu’interviennent les organismes fonciers, et plus particulièrement les organismes fonciers solidaires dans les dispositifs existants. Leur rôle est de conserver la maîtrise du sol, de fixer des conditions d’occupation et parfois d’encadrer les prix de revente afin de maintenir l’accessibilité du logement dans le temps.

Dans un achat classique, le terrain est inclus dans le prix et la plus-value foncière revient surtout au vendeur, puis se répercute sur l’acheteur suivant. Avec une dissociation, le terrain reste dans une main stable, tandis que les ménages se transmettent surtout la valeur d’usage et celle du bâti. Cette logique limite l’emballement spéculatif sans empêcher d’habiter, de financer, d’entretenir ou de transmettre un logement.

Effets concrets pour propriétaires, acheteurs et collectivités

La proposition Lagleize ne produit pas les mêmes effets selon que l’on est déjà propriétaire, futur acquéreur ou collectivité locale. Elle ne doit pas être lue comme une règle uniforme, mais comme un outil possible de politique foncière.

Pour les propriétaires actuels

Un propriétaire qui possède déjà sa maison et son terrain n’est pas automatiquement concerné. La proposition ne signifie pas que l’État ou une collectivité viendrait récupérer le sol des particuliers. Les craintes d’expropriation généralisée ne correspondent pas au fonctionnement décrit.

En revanche, si des dispositifs inspirés de cette logique se développaient, ils pourraient coexister avec la propriété classique. Le marché comprendrait alors plusieurs formes d’accession : achat traditionnel terrain plus bâti, achat du bâti avec bail foncier, logement social ou intermédiaire, bail réel solidaire. Le choix dépendrait du bien, de la localisation, des conditions de ressources éventuelles et du montage juridique proposé.

Pour les futurs acquéreurs

Pour un acheteur, l’intérêt principal serait un prix d’entrée plus bas. Ne pas acheter le terrain peut faciliter l’obtention d’un financement, réduire l’apport nécessaire et rendre possible un projet dans une commune auparavant inaccessible. Mais ce gain doit être comparé à la redevance foncière, aux règles de revente et aux contraintes attachées au contrat.

Avant de signer un achat fondé sur une dissociation du foncier et du bâti, il faut regarder plusieurs points : la durée du bail, le montant et l’évolution de la redevance, les conditions de revente, la transmission aux héritiers, les travaux autorisés et la possibilité d’obtenir un prêt immobilier dans de bonnes conditions.

Pour les collectivités

Pour les collectivités, l’enjeu est stratégique. Conserver la maîtrise de certains terrains permet de produire du logement abordable dans la durée, au lieu de vendre définitivement le foncier public au plus offrant. Cela peut aider à maintenir des ménages modestes dans des secteurs bien desservis.

Mais le système demande une gestion rigoureuse. Il faut des organismes solides, une gouvernance claire, des règles transparentes et une articulation avec les documents d’urbanisme. Sans cela, la dissociation foncière peut devenir complexe à comprendre et difficile à accepter par les habitants.

Lagleize, BRS, OFS : les confusions à éviter

La meilleure façon de comprendre le sujet est de comparer la proposition Lagleize avec ce qui existe déjà. Le bail réel solidaire, créé dans le cadre des politiques récentes du logement, applique déjà une logique proche : un ménage achète le logement, tandis qu’un organisme foncier solidaire conserve le terrain.

Dispositif Principe Point à retenir
Propriété classique L’acheteur possède le bâti et le terrain Modèle le plus connu, mais très sensible au prix du foncier
Proposition Lagleize Dissocier plus largement foncier et bâti Proposition non pleinement applicable en 2025
Bail réel solidaire Achat du logement avec terrain détenu par un OFS Dispositif existant, encadré et destiné à favoriser l’accession abordable
OFS Organisme qui conserve et gère le foncier Acteur central de la maîtrise du sol dans la durée

La confusion vient du fait que la proposition Lagleize reprend une logique déjà visible dans le BRS, mais avec une ambition plus large de réflexion sur le foncier. Dire que « la loi Lagleize supprime la propriété » est donc trompeur. Elle ne supprime pas la propriété du logement ; elle envisage une autre manière d’organiser le rapport au sol dans certains projets.

Pour vérifier une information sur ce sujet, il faut se poser trois questions simples : parle-t-on d’une proposition ou d’une loi applicable ? Le texte vise-t-il les propriétaires actuels ou de nouveaux projets immobiliers ? Le mécanisme évoqué existe-t-il déjà via un BRS ou est-il présenté comme une réforme générale ? Ces trois filtres suffisent souvent à repérer une infox.

En résumé, la loi Lagleize en 2025 doit être comprise comme un débat important sur le prix du foncier, pas comme une révolution déjà imposée à tous les propriétaires. Son intérêt est réel pour penser l’accession abordable dans les zones tendues, mais son statut juridique impose de rester précis : sans entrée en vigueur complète ni décret d’application généralisant le dispositif, elle ne transforme pas automatiquement votre maison, votre terrain ou votre droit de propriété.

Éléonore Valmorin-Serres
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