Pendant des décennies, le joint filasse a dominé les chantiers de plomberie. Composé de fibres de chanvre imprégnées de pâte à joint, il garantissait une étanchéité efficace grâce à sa capacité naturelle à gonfler au contact de l’humidité. Pourtant, les normes sanitaires et de sécurité ont évolué. Aujourd’hui, l’utilisation de la filasse est strictement encadrée, voire proscrite sur certains réseaux. Pour les professionnels comme pour les particuliers, identifier les zones d’interdiction est indispensable pour garantir la conformité des installations.
Pourquoi la filasse est-elle désormais interdite sur certains réseaux ?
L’interdiction de la filasse ne remet pas en cause son efficacité technique sur les raccords filetés, mais répond à des impératifs de santé publique et de sécurité. Le passage de la norme à la réglementation a transformé des pratiques ancestrales en usages non conformes, selon la nature du fluide transporté.

Le risque de prolifération bactérienne dans l’eau potable
La principale raison de l’interdiction sur les réseaux d’eau destinée à la consommation humaine est la nature organique de la filasse. Issue du chanvre (Cannabis sativa), cette matière végétale peut, en cas de stagnation ou de température élevée, devenir un terrain propice au développement de micro-organismes. Malgré la protection offerte par la pâte à joint, une dégradation naturelle au fil des années peut libérer des nutriments favorisant la croissance de biofilms ou de bactéries, comme les légionelles.
La sécurité des installations de gaz : une tolérance zéro
Dans le domaine du gaz, la réglementation est stricte. L’arrêté du 23 février 2018, complété par les guides techniques de l’AFG (Association Française du Gaz), proscrit l’usage de la filasse sur les raccords filetés. Le risque majeur est la dessiccation : avec le temps, la pâte à joint sèche et se craquelle, perdant son pouvoir d’étanchéité face à un gaz sec. Contrairement à l’eau, le gaz ne fait pas gonfler la fibre de chanvre. Une installation gaz présentant des joints filasse est systématiquement classée en anomalie de type A2 lors d’un diagnostic, imposant une réparation immédiate.
Les alternatives conformes : Téflon, résines et joints plats
Le marché propose des solutions synthétiques adaptées aux exigences modernes. Le choix dépend de la nature du fluide et de la température de service.
Le ruban PTFE (Téflon) : polyvalence et propreté
Le polytétrafluoroéthylène, ou Téflon, est devenu le standard pour les petits diamètres. Ce ruban blanc est chimiquement inerte, résiste à des températures allant de -240°C à +260°C et ne favorise aucune croissance bactérienne. Pour être conforme sur les réseaux de gaz, le ruban doit répondre à la norme EN 751-3 et posséder une épaisseur suffisante pour garantir l’étanchéité dès le premier serrage.
Lors de la pose, respectez le sens de l’enroulement, dans le sens du filetage, pour éviter que le ruban ne se déchire. Contrairement à la filasse, le Téflon ne supporte pas le retour en arrière. Si vous dévissez légèrement le raccord pour l’aligner, l’étanchéité est rompue et vous devez recommencer l’opération avec un nouveau ruban.
La résine anaérobie : la solution des professionnels
Aussi appelée oléoplastique, cette résine liquide durcit en l’absence d’air et au contact du métal. Elle offre une résistance mécanique élevée et une étanchéité parfaite sur les réseaux de chauffage et d’eau sanitaire. C’est la solution privilégiée par les installateurs PG (Professionnels du Gaz), car elle permet un positionnement précis des raccords avant le durcissement complet.
| Matériau | Usage autorisé | Avantages | Inconvénients |
|---|---|---|---|
| Filasse + Pâte | Chauffage, Arrosage | Ajustable, économique | Interdit Gaz et Eau potable |
| Ruban PTFE | Eau potable, Gaz, Air | Chimiquement neutre, propre | Pas de retour en arrière possible |
| Résine anaérobie | Gaz, Chauffage | Pose rapide, haute résistance | Démontage parfois difficile |
L’art du scellement : au-delà du simple produit
Réussir une étanchéité sans filasse exige une rigueur technique accrue. Là où le chanvre compensait les filetages irréguliers par son volume, les solutions modernes demandent une préparation de surface impeccable. Pour garantir une tenue longue durée, il est conseillé de griffer légèrement le filetage avec une lame de scie à métaux. Cette micro-abrasion permet au ruban ou à la résine de mieux accrocher au métal et évite que le matériau ne glisse lors du serrage.
L’étanchéité moderne repose sur une superposition méticuleuse de couches protectrices. Chaque tour de ruban ou millimètre de résine agit à l’échelle microscopique pour combler les vallées du filetage. Cette approche crée une barrière physique infranchissable pour les molécules de gaz, tout en isolant le métal des agressions extérieures. La protection multicouche répartit uniformément la matière pour absorber les vibrations et les dilatations thermiques du réseau sans rompre le contact.
Sanctions et contrôles : les risques d’une non-conformité
Ignorer l’interdiction du joint filasse sur les réseaux sensibles expose l’installateur et le propriétaire à des conséquences sérieuses, constatées lors des contrôles ou en cas de sinistre.
Le diagnostic gaz et l’anomalie A2
Lors de la vente d’un bien ou d’un contrôle de conformité Qualigaz, la présence de filasse sur une conduite de gaz est relevée immédiatement. Il s’agit d’une anomalie A2, signifiant que l’installation présente un risque potentiel. Le propriétaire dispose d’un délai de trois mois pour réaliser les travaux par un professionnel qualifié. Passé ce délai, sans preuve de réparation, le distributeur de gaz peut interrompre la fourniture d’énergie.
Responsabilité civile et assurances
En cas de dégât des eaux ou d’explosion liée à une fuite de gaz, l’expert de l’assurance vérifie la conformité des matériaux. Si l’expertise démontre que le sinistre provient de l’utilisation d’un joint filasse là où il était proscrit, l’assureur peut invoquer une clause d’exclusion pour non-respect des règles de l’art (DTU). La responsabilité civile de l’installateur peut alors être engagée, avec des conséquences financières lourdes.
Où peut-on encore utiliser la filasse en toute légalité ?
La filasse reste autorisée sur les circuits de chauffage central en circuit fermé. Dans ces systèmes, l’eau n’est pas renouvelée et s’appauvrit rapidement en oxygène, limitant les risques de corrosion et de dégradation organique. Pour les réseaux d’arrosage extérieur ou de récupération d’eau de pluie, non destinée à la consommation, la filasse demeure une solution économique et efficace, capable de supporter des pressions importantes et des variations de température.