Glyphosate en espagne : réglementation, interdiction et alternatives agricoles

En Espagne, le glyphosate occupe une place centrale dans les pratiques agricoles tout en cristallisant de vifs débats sur la santé publique et l’environnement. Si l’herbicide reste aujourd’hui autorisé dans le cadre européen, son usage fait l’objet d’un encadrement croissant et d’une pression politique et sociétale qui pousse à la réduction progressive. Entre impératifs de productivité pour les exploitants et exigences de transition écologique, le pays se trouve à la croisée des chemins. Comprendre le statut actuel du glyphosate en Espagne, les risques identifiés, les décisions politiques en cours et les alternatives disponibles permet d’anticiper les évolutions et d’accompagner les agriculteurs dans cette transformation nécessaire.

Situation actuelle du glyphosate en Espagne

Le glyphosate demeure l’herbicide le plus employé en Espagne, particulièrement dans les grandes cultures méditerranéennes et les systèmes de production intensifs. Son utilisation s’appuie sur un cadre légal européen que l’Espagne transpose et adapte en fonction des spécificités territoriales et des pressions environnementales locales. Cette situation crée un équilibre instable entre besoins agricoles et exigences réglementaires renforcées.

Quel est le cadre légal actuel du glyphosate en Espagne et en Europe ?

Au niveau européen, le glyphosate a été ré-approuvé en novembre 2023 pour une période de dix ans, après des mois de négociations tendues entre États membres. Cette décision s’accompagne toutefois de conditions d’usage plus strictes imposées par la Commission européenne. L’Espagne, en tant qu’État membre, applique ce cadre tout en conservant une marge de manœuvre pour définir des restrictions supplémentaires au niveau national ou régional.

Le ministère espagnol de l’Agriculture, de la Pêche et de l’Alimentation régule l’homologation des produits phytosanitaires contenant du glyphosate. Les restrictions portent notamment sur les zones de captage d’eau potable, les espaces naturels protégés et les zones résidentielles. Les agriculteurs doivent également respecter des distances de sécurité, porter des équipements de protection et tenir un registre précis des traitements effectués.

Usages agricoles dominants du glyphosate en Espagne et secteurs les plus dépendants

En Espagne, le glyphosate trouve son principal débouché dans le désherbage des cultures arboricoles, qui représentent une part importante du paysage agricole national. Les oliveraies, avec environ 2,7 millions d’hectares cultivés, constituent le premier secteur utilisateur. Le glyphosate y permet de contrôler les adventices entre les rangs sans labour, préservant ainsi la structure des sols en zones de pente.

Les vignobles, particulièrement ceux de La Rioja, de Castille-et-León et de Catalogne, recourent également massivement à cet herbicide. Dans les cultures de céréales comme le blé dur en Castille-La Manche ou en Aragon, le glyphosate est utilisé en pré-semis pour préparer les parcelles. Les agrumes de la Communauté valencienne et de Murcie complètent ce tableau, tout comme certains usages dans l’entretien des infrastructures routières et ferroviaires.

Secteur agricole Surface concernée Type d’usage principal
Oliveraies 2,7 millions d’hectares Désherbage inter-rangs
Vignobles 940 000 hectares Désherbage sous le rang
Céréales 6,3 millions d’hectares Pré-semis, faux-semis
Agrumes 300 000 hectares Entretien des plantations

Principales régions espagnoles concernées et différences territoriales marquées

L’Andalousie concentre la plus forte consommation de glyphosate en Espagne, en raison de l’étendue de ses oliveraies et de ses cultures de coton. La région représente à elle seule près de 40% des usages nationaux. La Castille-La Manche suit avec ses vastes surfaces céréalières et viticoles, tandis que l’Estrémadure se distingue par ses cultures de riz et de tomates industrielles.

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Certaines communautés autonomes ont adopté des positions plus restrictives. La Catalogne a interdit l’usage du glyphosate dans les espaces publics et les parcs naturels dès 2019. La région de Navarre a mis en place un plan de réduction volontaire dans les zones sensibles. Ces disparités créent un paysage réglementaire fragmenté où les exploitants doivent adapter leurs pratiques selon leur localisation géographique.

Risques, controverses et décisions politiques autour du glyphosate

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Les débats espagnols sur le glyphosate reflètent des tensions profondes entre rationalité économique et principe de précaution. Les évaluations scientifiques divergentes alimentent des controverses médiatiques régulières, tandis que le gouvernement tente de maintenir un équilibre politique délicat entre lobby agricole et mouvements écologistes.

Glyphosate et santé humaine en Espagne : que disent études et autorités ?

L’Agence européenne des produits chimiques et l’Autorité européenne de sécurité des aliments concluent que le glyphosate ne présente pas de risque cancérogène aux doses autorisées. Cette position contraste avec le classement du Centre international de recherche sur le cancer, qui l’a étiqueté comme cancérogène probable en 2015. Cette divergence d’appréciation crée une confusion dans l’opinion publique espagnole.

L’Agence espagnole de sécurité alimentaire et nutritionnelle réalise des contrôles réguliers de résidus dans les denrées alimentaires. Les dernières analyses montrent que 98% des échantillons respectent les limites maximales de résidus. Néanmoins, plusieurs études indépendantes menées en Catalogne et en Andalousie ont détecté des traces de glyphosate dans l’urine de populations rurales, relançant les inquiétudes sur l’exposition chronique des travailleurs agricoles et des riverains.

Impacts environnementaux sur les sols, les eaux et la biodiversité espagnole

En Espagne, les effets du glyphosate sur les écosystèmes méditerranéens suscitent des préoccupations croissantes. Les sols cultivés en oliveraie intensive présentent parfois une diminution de la biodiversité microbienne, essentielle à la fertilité naturelle. L’usage répété réduit également la présence de plantes adventices qui servent de refuge et de nourriture à de nombreux insectes pollinisateurs.

La contamination des eaux constitue un enjeu majeur dans les bassins hydrographiques du Guadalquivir, de l’Èbre et du Tage. Les analyses réalisées par le ministère de la Transition écologique révèlent régulièrement des concentrations de glyphosate et de son métabolite AMPA dépassant le seuil de 0,1 microgramme par litre dans certains points de prélèvement. Les zones humides protégées, comme le parc national de Doñana, font l’objet d’une surveillance renforcée pour prévenir les dérives accidentelles lors des traitements.

Quels choix politiques l’Espagne fait-elle entre interdiction progressive et maintien encadré ?

Le gouvernement espagnol de coalition entre socialistes et Unidas Podemos a affiché en 2020 sa volonté de réduire significativement l’usage du glyphosate sans prononcer d’interdiction immédiate. Cette position pragmatique reconnaît le poids économique de l’agriculture espagnole, qui génère près de 60 milliards d’euros de chiffre d’affaires annuel, tout en affichant des ambitions environnementales conformes au Pacte vert européen.

Le Plan stratégique national de la Politique agricole commune 2023-2027 intègre des mesures incitatives pour réduire la dépendance aux herbicides chimiques. Des aides majorées sont prévues pour les exploitations qui s’engagent dans des pratiques agroécologiques. Parallèlement, le syndicat agricole majoritaire ASAJA défend le maintien du glyphosate comme outil indispensable à la compétitivité, pointant le risque de surcoût pour des filières déjà fragilisées par la sécheresse récurrente.

Vers une réduction du glyphosate en Espagne : stratégies et calendrier possible

L’évolution du dossier glyphosate en Espagne s’inscrit dans une dynamique européenne de réduction globale des produits phytosanitaires. Sans interdiction brutale à l’horizon proche, les exploitations agricoles doivent anticiper un durcissement progressif des conditions d’utilisation et se préparer à intégrer des alternatives viables économiquement.

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L’Espagne va-t-elle interdire le glyphosate à moyen terme ?

Une interdiction totale du glyphosate en Espagne avant 2030 apparaît peu probable dans le contexte réglementaire actuel. Le renouvellement européen jusqu’en 2033 offre une visibilité à moyen terme, même si des États membres comme l’Autriche ou le Luxembourg ont déjà pris des mesures nationales plus restrictives. L’Espagne privilégie une approche graduelle, avec des interdictions ciblées dans certains espaces plutôt qu’une prohibition généralisée.

Le véritable moteur du changement pourrait venir du marché lui-même. Les cahiers des charges de plusieurs appellations d’origine protégée intègrent désormais des restrictions volontaires sur le glyphosate. Certaines coopératives oléicoles andalouses proposent déjà des primes pour les producteurs qui renoncent aux herbicides totaux, anticipant les exigences futures des acheteurs européens.

Objectifs de réduction des pesticides et pression croissante sur le glyphosate

La stratégie européenne De la ferme à la table fixe un objectif de réduction de 50% de l’usage des pesticides d’ici 2030. L’Espagne a décliné cet objectif dans son plan national avec un indicateur de suivi spécifique pour les herbicides. Le glyphosate, en tant que substance la plus utilisée, concentre logiquement les efforts de réduction.

Les régions espagnoles développent des plans territoriaux différenciés. La Catalogne vise une diminution de 40% des herbicides en agriculture conventionnelle d’ici 2027. Le Pays basque soutient financièrement les investissements dans le désherbage mécanique pour les exploitations viticoles. Ces initiatives régionales créent une dynamique d’émulation qui pourrait accélérer la transition au-delà des objectifs nationaux.

Rôle des associations, consommateurs et distributeurs dans l’évolution du marché

Les organisations environnementales espagnoles comme Ecologistas en Acción ou SEO/BirdLife mènent des campagnes actives pour sensibiliser les consommateurs aux résidus de pesticides. Ces actions trouvent un écho grandissant dans une population urbaine de plus en plus soucieuse de l’origine et du mode de production des aliments.

Les enseignes de distribution jouent un rôle déterminant dans cette transformation. Mercadona, premier distributeur espagnol, a développé des filières de fruits et légumes avec des cahiers des charges limitant strictement les herbicides. Carrefour Espagne a lancé en 2023 une gamme d’huiles d’olive issues de vergers conduits sans glyphosate. Cette segmentation commerciale crée des opportunités économiques pour les exploitations qui anticipent la transition.

Alternatives au glyphosate en Espagne et accompagnement des agriculteurs

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La réduction du glyphosate impose aux agriculteurs espagnols de repenser leurs itinéraires techniques et d’investir dans de nouvelles compétences et équipements. Les solutions existent, avec des niveaux de maturité et d’efficacité variables selon les types de culture et les contextes pédoclimatiques.

Solutions de désherbage mécanique et agronomique adaptées aux cultures espagnoles

Le désherbage mécanique connaît un regain d’intérêt en Espagne, particulièrement dans les cultures arboricoles. Les interceps tractés permettent de travailler sous le rang des oliviers et des vignes, tandis que les tondeuses à fléaux maintiennent les adventices à une hauteur contrôlée entre les rangs. Cette approche préserve une couverture végétale qui limite l’érosion, un enjeu crucial dans les régions au relief accidenté comme l’Andalousie orientale.

Les techniques culturales sans labour gagnent du terrain dans les grandes cultures céréalières de Castille. Le semis direct sous couvert végétal, combiné à des rotations allongées incluant des légumineuses, réduit considérablement la pression des adventices sans recours systématique au glyphosate. Des exploitations de l’Estrémadure ont ainsi divisé par trois leur consommation d’herbicides en cinq ans tout en maintenant leurs rendements.

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Le paillage organique se développe dans les vergers d’agrumes de la Communauté valencienne. Cette technique consiste à épandre des résidus de taille broyés ou de la paille au pied des arbres pour empêcher la germination des adventices. Bien que nécessitant plus de main-d’œuvre, elle améliore la rétention d’eau du sol, un avantage précieux dans le contexte de sécheresse récurrente que connaît l’Espagne.

Quelles alternatives chimiques au glyphosate et quelles limites pratiques ?

Les herbicides de contact à base d’acide pélargonique ou d’acide acétique offrent une alternative pour des situations spécifiques, notamment dans les espaces non cultivés. Leur action rapide mais superficielle nécessite des applications répétées, ce qui augmente les coûts et le temps de travail. Contrairement au glyphosate systémique qui détruit les racines, ces produits ne garantissent pas un contrôle durable des vivaces comme le chiendent.

Certains agriculteurs espagnols se tournent vers d’autres herbicides sélectifs pour leurs cultures. Cette substitution présente toutefois des limites : spectre d’action plus étroit, risques de phytotoxicité, coût souvent supérieur et profil environnemental pas nécessairement plus favorable. Les experts en protection des cultures recommandent plutôt une combinaison de leviers complémentaires qu’un simple remplacement molécule par molécule.

Aides, conseils techniques et retours d’expérience d’exploitations espagnoles

Le réseau des centres de formation agricole espagnols propose désormais des modules spécifiques sur les alternatives au glyphosate. Les chambres d’agriculture de Catalogne et d’Aragon organisent des journées de démonstration de matériel de désherbage mécanique, permettant aux exploitants de tester différentes solutions avant d’investir.

Les mesures agroenvironnementales de la PAC offrent des compensations financières pour les pratiques réduisant l’usage d’herbicides. Une exploitation viticole de La Rioja peut ainsi percevoir jusqu’à 300 euros par hectare et par an en s’engageant dans un itinéraire sans glyphosate. Les coopératives agricoles développent également des achats groupés d’équipements mécaniques pour mutualiser les investissements.

Des réseaux d’agriculteurs pilotes testent et diffusent des pratiques innovantes. L’association SEAE, qui regroupe des professionnels de l’agriculture écologique, documente des cas concrets de transition réussie. Une exploitation oléicole de Jaén a réduit de 90% son usage de glyphosate en trois ans en combinant enherbement maîtrisé, mulching et passage d’interceps deux fois par an. Cette expérience montre qu’une réduction drastique est possible sans effondrement de la rentabilité, à condition d’accepter une phase d’adaptation progressive.

Le débat sur le glyphosate en Espagne ne se limite pas à une opposition binaire entre interdiction et maintien. La réalité du terrain dessine une trajectoire plus nuancée de réduction progressive, portée par des contraintes réglementaires croissantes mais aussi par des opportunités commerciales pour les productions différenciées. Les agriculteurs espagnols disposent aujourd’hui d’un éventail de solutions alternatives dont l’efficacité technique et la viabilité économique s’améliorent année après année. L’enjeu des prochaines années sera d’accompagner cette transition à un rythme compatible avec les capacités d’adaptation des exploitations, tout en maintenant la compétitivité d’une agriculture espagnole confrontée à de multiples défis climatiques et économiques.

Éléonore Valmorin-Serres

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